O noble vierge Astrée ayant le glaive en main
Pour punir les pervers qui ont cueur inhumain,
Que ne viens tu du Ciel en ce bas Territoire
Pour surmonter la Mort par heureuse victoire,
Qui sans avoir esgard au proffit singulier
Du
puissant Roy Gauloys, contre
son Chancellier
A lancé le venin de ta Pique exécrable,
Pour à toy et à nous faire playe incurable.
Déesse de Justice, entends le grief remord
Que le peuple François ha pour la triste Mort
Du
sçavant Olivier, plein de meure prudence,
Et qui estoit l'honeur de la Jurisprudence,
Faisant par le sçavoir des équitables loix
Resplendir en tout lieu ce beau Regne Gauloys.
Il te portoit honeur o saincte vierge Astrée,
Et sa poictrine estoit sainctement pénétrée
De la crainte de Dieu, il aymoit vérité,
Ennemi d'avarice, ami de charité.
L'impitoyable Mort qui les grands Roys renverse,
Entra en jalousie et envie perverse
Contre
cet Olivier, le voyant exercer
Les Droicts, suyvre vertu, le vice renverser,
Car tousjours elle porte une maudicte envie
À ceux qui sont de noble et vertueuse vie,
Et laisse longuement au Monde vivre ceux
Qu'aux vertus elle voyt trop froids et paresseux,
Ainsi le vent trop fort faict tomber sans demeure
La pomme, qui dessus les arbrisseaux est meure,
Et celles n'abat point qui n'ont maturité
Bien que de soufflemens l'arbre soit agité.
La Mort par son envie ainsi prent les personnes
Qui sont contre son vueil vertueuses et bonnes.
Ce pendant qu'
Olivier de santé jouissoit
De la belle Pallas le Troupeau florissoit,
Car pour le decorer de ses honeurs antiques,
On exaltoit son nom par œuvres Poetiques,
Et les doctes neuf Seurs du Pernasside mont
En chantant ses vertus souvent incité m'ont
À les chanter aussi, affin que de sa gloire
Ne fust aux successeurs estaincte la memoire.
Mais ores ces neuf Seurs ont tant les cueurs marris,
Que leur soulas en dueil, et en larmes leur ris
A esté converti, et est chose certaine
Que leurs humides pleurs augmentent leur fontaine
Helicon, où jadis les Poetes lavez,
Du Nectar poetique ont esté abruvez.
Toutefoys en plorant, ces Pégasides Muses
Gravent en marbre fin les louanges diffuses
De
ce bon Olivier, des legistes l'honeur
Et à qui Dieu de tant de graces fut donneur.
Donc en despit de Mort furieuse et cruelle
De ses vertus sera la louange eternelle.
Et l'Olivier heureux sa racine estendra
Qui l'odeur de son fruict immortelle rendra,
Car desja de cet arbre on voyt rameaux espars
Qui une douce odeur rendent de toutes pars,
Et les fruicts en viendront à la posterité
Qui les verra ornez de grand auctorité
À l'aureille des Roys, où l'heureuse racine
Des futurs oliviers point ne se desracine,
Parquoy, cruelle Mort, combien qu'à ton effort
Ne puisse résister le plus puissant et fort,
Si n'as tu d'
Olivier la louange abatue,
Le Seigneur tout puissant au Ciel luy restitue
Une vie sans fin, promise aux bien heureux
Qui de vraye équité ont esté amoureux,
Comme
cet Olivier de racine non morte.
Parquoy, peuple Françoys, que douleur desconforte
Pour du
bon Chancelier entendre le trespas,
Appaise un peu ton dueil, certes, mort il n'est pas.
Au Ciel son ame vit, et sur la Terre ronde
La mémoire de luy de grand honeur abonde
Qui sans fin laissera à l'œil des successeurs
De ses haultes vertus tesmoignages bien seurs.
Et vous,
dame d'honeur, tant rassise et posée
Du fertile Olivier la louable Espousée,
Beaucoup avez perdu, mais le regret qui mord,
Les larmes, les souspirs, ne donnent vie au mort.
De tous hommes mortels la vie est terminée,
Et l'homme ne pourroit vaincre sa Destinée.
Celluy qui tout créa, qui tout peut, tout prévoit,
Vostre defunct Espoux tant agréable avoit,
Qu'il l'a voulu pourvoir en son Regne celeste,
Où il reçoit soulas, loing de tout dueil moleste,
Jusq'à ce que sa chair inhumée au Tombeau
Sera resuscitée en un corps pur et beau.
Ce pendant, o lecteurs, considerez la perte
Que la Gaule reçoit par la ruine aperte
De
ce bon Chancelier, qui par grace féconde
Fut l'ornement des Loix, et latine faconde.
Tout ce qui est sur Terre, à la fin pourrira,
Mais la noble vertu jamais ne perira.
Les braves bastimens seront reduicts en pouldre,
Et tous les Elemens viendront à se dissouldre,
Mais des bons la vertu au Ciel se poulsera,
Et à Dieu, de leurs faicts tesmoignage sera.
Fin.